Antoine Ducommun

Pics de Sindou

jeudi 23 décembre 2010, par Aduco


Samedi nous relouons la même mobylette afin de nous rendre aux Pics de Sindou situé à 50 km à l’ouest de Banfora et pour probablement continuer notre périple encore plus loin jusqu’à un village niché au creux d’une falaise, où se trouvent également d’anciennes ruines... Le plein est effectué, les pneus gonflés, nous sommes fin prêt… Malheureusement après une demi-heure de route et une petite montée, notre mobylette montre des premiers signes de faiblesse et câle.
Nous nous arrêtons au bord de la route afin de laisser notre bécane reprendre son souffle. Deux hommes qui passent proposent de nous aider. L’un d’eux est mécanicien et fait quelques réglages sur le moteur, change la bougie… Enfin nous pouvons repartir. Nous sommes à la moitié du trajet, il nous reste encore 25 km avant les Pics de Sindou. Après l’ascension d’une petite colline, rebelote. La moto recâle. Nous commençons de pester. Prenant notre mal en patience, nous décidons de faire une pause-déjeuner, en espérant que ces quelques minutes de répis requinquerons notre bécane. Au menu : yogourt, biscuit et jus de mangue. Par chance, nous pouvons repartir et en plus l’estomac plein !

En traversant le village de Douna (10 km avant les pics), nous décidons de demander une révision dans un « garage ». Le verdict tombe, il faut changer le cylindre ! Le nouveau cylindre coûte 3’000 et la main d’oeuvre 1’000 CFA (au total 10 CHF). Nous passerons 2 bonnes heures à attendre que la réparation se fasse...

C’est qu’il a d’abord fallu tout démonter avant d’envoyer un gamin acheter le cylindre à l’autre bout du village et encore attendre de trouver une cartouche de cigarettes pour découper dans le carton un joint de culasse.

Bref, la patience est au rendez-vous. Finalement nous repartons, de bonne humeur car après tout, ça peut arriver une petite panne, et avec 2h de réparation, notre super scooter ne peut qu’être en ordre !
Ne jamais se réjouir trop vite : après 15 minutes de route, ça recommence. Notre fichue mobylette cale et il nous est impossible de la redémarrer. Le moteur aurait-il trop chauffé ? Le mécano nous avait dit de rouler lentement pour permettre au nouveau cylindre de se former, du coup nous ne comprenons pas vraiment le problème. Nous attendons environ 30 minutes avant de pouvoir redémarrer (Antoine s’occupe de démarrer pendant que Lilou pousse la moto pour aider !) et finalement atteindre les Pics de Sindou. Nous qui pensions être là vers les 10h, il est passé 13h, moment le plus chaud de la journée, donc le pire pour faire une visite en plein soleil. Mais bon. Nous attendons encore 30 minutes que le guide redescende avec un groupe de touriste et nous partons enfin escalader ces fameux rochers pointus !


Nous cheminons entre ces aiguilles et ces pics monumentaux de grès, façonnées par le vent et l’eau.


Le guide nous donne des explications intéressantes et nous marchons une petite heure dans ce paysage étrange.

Etrange car avec un minimum d’imagination, nous pouvons voir toute sorte de chose comme : un crapaud ou un chat, un sphinx, une tête de singe, une amphore, des totems, ... Les voyez-vous ?







Les rizières et les champs s’étendent à perte de vue, nous les voyons bien depuis ces hauteurs.


Plante dont les picots contiennent du venin très dangereux ! Attention à nos mollets !!!

En redescendant, nous prenons la décision de juste continuer jusqu’à la petite ville de Sindou puis de rentrer ce jour à Banfora. Nous abandonnons le projet de continuer jusqu’à Néguéni à cause de notre moto défectueuse.



Ville de Sindou avec en arrière plan les pics

Sindou est une petite bourgade tranquille, avec de belles vieilles maisons, dont des cases carrées avec un toit en paille, ce qui est typique de la région.

Nous tombons sur un vieillard qui nous dit d’aller visiter le quartier des poteries. C’est effectivement là que sont fabriqués des jarres pour les réserves d’eau.

Nous pouvons même voir comment ces grands récipients en terre sont cuits.

Nous faisons le plein de nos gourdes et après avoir mangé un bout de pain, nous rassemblons notre courage et commençons le voyage du retour en espérant que nos misères sont terminées. Si nous voulons atteindre Banfora avant la tombée de la nuit, il va falloir rouler non-stop pendant 2h, à minimum 25-30km/h, ce qui est déjà assez rapide par rapport à la qualité de la route. Il est 15h30, nous n’avons donc pas beaucoup de temps devant nous puisqu’il fait nuit à 18h. Le premier quart d’heure se passe sans problème. Nous commençons à reprendre confiance quand... énième câlage...

Nous vous épargnons les détails, mais il nous faudra marcher un bon bout et nous arrêter deux fois sur les 9 km reliant Sindou à Douna. Une fois à Douna, la moto refonctionne. Nous décidons de tenter le tout pour le tout et de ne pas nous arrêter, tant que ça va, avançons. Hélàs, nous ne sommes même pas sorti du village, que ça recommence. Nous nous approchons d’une échoppe au bord de la route et nous nous renseignons pour savoir si un éventuel camion ou taxi-brousse est susceptible de passer encore à cette heure de la journée et qui pourrait nous embarquer, ainsi que notre tas de ferraille. On dit que oui, c’est probable (mais comme les réponses sont toujours positives, nous sommes septiques). Nous décidons de tenter une dernière réparation, l’espoir fait vivre ! A nouveau, le mécano démonte tout le moteur, nous en avons pour un moment.

Le soleil décline gentiment à l’horizon et nous commençons à réfléchir où nous pouvons passer la nuit, nos chances d’atteindre Banfora encore ce jour devenant minime. En attendant, Antoine fait une partie de foot avec un enfant qui jouait par là avec un vieux ballon de foot troué. Les éclatées de rire des copains et des adultes nous redonne un peu le moral ! Après avoir essayé de jonglé avec des épis de maïs, notre mécano nous donne le feu vert pour le départ. Nous n’avons pas vu de véhicule rentrant à Banfora, alors nous décidons de reprendre la route. Au pire, nous dresserons un petit campement de fortune au bord de la route et nous prendrons un taxi-brousse demain matin. Décidément, la chance n’est pas avec nous aujourd’hui. Après 20 minutes de route, nous sommes à nouveau contraint de pousser cette foutue moto.

Les jurons fusent, nous en avons vraiment raz le bol. La confiance que nous avions mise en notre guide est à nouveau réduite à néant. Nous avons vraiment de la peine à imaginer comment nous allons pouvoir continuer à faire confiance avec des aventures pareilles. C’est décourageant. Après environ 30 minutes de marche, nous entendons enfin un bruit de voiture au loin, qui pour une fois, circule dans la bonne direction. Nous voyons un beau 4x4 surgir en haut de la montée. Nous nous mettons au milieu de la route et faisons de grand signe avec les bras pour les faire s’arrêter. Il s’agit d’un couple de français, avec Xavier, un guide français établi à Bobo et qui tient un petit hôtel. Nous retrouvons un peu d’espoir lorsqu’il nous dit qu’il nous embarque sans problème, nous, mais la moto pas, car il n’a pas de corde pour la fixer sur le toit. Oups... Heureusement, une autre voiture passe et le conducteur nous prête de quoi fixer solidement la moto. Nous repartons avec nos sauveurs, heureux et crevés. Il nous faudra pas mal de temps pour rejoindre Banfora, car avec la nuit tombante, la visibilité est très difficile, en plus de la route qui est très irrégulière, et de la moto sur le toit qui freine notre progression. De plus, le pont qui permettait de traverser une rivière a cassé (et comme on est en Afrique, il faudra attendre un certain temps avant qu’il soit réparé !), ce qui fait que nous devons faire un détour considérable sur un chemin conçu pour un piéton, et non une grosse jeep ! Entre les nids de poule, d’autruche, les branches d’arbre et les cyclistes sans phare, c’est un véritable parcours du combattant, sans compter que la moto tape le toit à chaque trou, si ce n’est pas carrément le moteur qui touche le sol. Bref, je vous laisse imaginer !

Par chance, ils ont prévu de dormir au même hôtel que nous (pas le même que nos deux premières nuits à Banfora), ce qui simplifie la rentrée.
Nous prenons une chambre au même prix qu’à l’autre hôtel, mais la chambre est neuve, spacieuse, la douche est presque rutilante, bref, le grand luxe. Pour remercier nos remorqueurs nous leur avons promis une bière, mais avant nous prenons vite une douche car nous sommes presque autant noir que les africains, mais de poussière ! Ensuite nous cachons la moto (technique de négociation apprise par Xavier. Le but est de dire qu’on ne rend pas la moto tant qu’on a pas l’argent.) et partons à pied demander à Backo de nous rembourser les réparations et la location de la moto. Il nous a déjà arnaqué sur le prix de la location, alors nous ne faiblirons pas. Nous exigeons 20’000, en sachant que si nous baissons à 15000 nous rentrons dans nos frais. Il nous dit, comme nous nous y attendions, qu’il n’a déjà plus l’argent... Nous savons que c’est une technique pour amadouer les touristes, mais nous ne sommes pas dupes. Et après 15 minutes de négociation, il nous rend les 15000 FCFA. Nous repartons soulagé, mais toujours énervé. Un bon riz sauce tomate et retour à l’hôtel pour une bonne nuit de sommeil bien mérité, dans un vrai lit qui ne fait pas la banane !

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