Antoine Ducommun

4e jour en Brousse - CFA Jéthro

dimanche 21 novembre 2010, par Aduco

Jeudi matin, Éléonore se lève à 3h du mat pour aller aider à la cuisine. Lorsque j’arrive, il y a déjà 3 grosses marmites sur le feu contenant de l’eau qui doit bouillir. Il y a une quatrième marmite dans laquelle cuit déjà la sauce à l’arachide, ou plutôt l’équivalent de 4 litres d’huile et de 2kg de pâte d’arachide (trop gras vous croyez ? Mais non, pas du tout !). La sauce doit cuire plusieurs heures.

C’est seulement vers 5h30 que Chantal (l’épouse d’Alidou) rajoutera de la poudre de poisson séché, du sel, des herbettes et des cubes de bouillon. Sinon, en attendant que ça cuise, il faut trier encore une fois les 10kg de riz, afin d’enlever les grains pourris, ceux qui sont encore dans la balle, et les cailloux qui ont échappé au vannage. Ensuite, il faut laver le riz plusieurs fois dans des grands seaux d’eau. Rebelote avec les haricots. C’est assez éreintant, car il faut à chaque transvasage porter de grosses charges, ou tout se fait toujours par terre, donc plié en deux. J’aide donc de mon mieux Chantal (elle ne comprend quasi pas le français), étant donné qu’elle a une hernie discale qui la fait beaucoup souffrir.

Lorsque l’eau bout, on y déverse les haricots qui vont cuire, environ 1h avant qu’on y rajoute du riz et de la potasse. La 3ème casserole servira à cuire des spaghettis (beaucoup d’huile dans un peu d’eau avec un minimum de sel). Et la quatrième casserole servira à cuire du riz tout seul. Et entre-temps, il faut aller chercher du bois dans le tas à l’extérieur de la cour, raviver le feu par ci, l’attiser par là, laver des ustensiles, remplir les jarres d’eau pour les réserves de la journée, etc.

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Donc voilà le travail de Chantal et Mama, tous les jours de la semaine, sauf le dimanche. Tout ça pour avoir un deuxième revenu pour subvenir aux besoins des 13 personnes de la famille (nourriture, habits, médicaments, frais d’écolage, entretien minimal des animaux, divers).

Vers 8h nous partons à pied pour le centre de formation agricole que Jéthro est en train de mettre sur pied ici à Bendatoega.
Nous traversons la moitié du village avant d’arriver, ce qui nous permet de rencontrer d’autres paysans et de voir l’état d’avancement de leur récolte. Comme il a plu tardivement cette année, très peu de paysans ont réussi à faire des foins !

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Arrivé sur le terrain de la future école d’agriculture, nous déplaçons les foins ayant reçu les dernières pluies dans la fosse fumière et nous fauchons à la faux et à la machette une partie du terrain en vue de délimiter les futures parcelles pour les cultures.

C’est assez incroyable, en deux ans la végétation est devenue très dense à certains endroits.

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Avant-Après... la différence est visible où le bétail ne peut pas pâturer librement !
Nous déplaçons l’herbe fauchée dans la fosse avec une fourche. On se rend compte que pour mieux optimiser l’utilisation des surfaces, un plan de situation avec les chemins actuels serait très utile !

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Vers le portail d’entrée, un groupe d’ouvrier fait des briques et creuse les fondations du futur grenier-banque de céréales.L’eau du puits nous désaltère, un luxe après l’effort !

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Les termites à l’oeuvre...

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L’après-midi, nous aidons à vanner les haricots que les fils du pasteur ont battus le matin même. Là aussi, il nous semble que nous remontons dans le temps. Nous déversons le contenu des seaux, portés à hauteur de tête, dans une grande bassine.

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Les haricots tombent dans la bassine, et les cosses/poussières/sables/chenis sont emportés par le vent et tombe hors de la bassine. C’est ainsi que se fait le tri ! Le travail est long, car il faut répéter les gestes beaucoup de fois avec le même contenu avant d’avoir presque plus que des haricots, mais le résultat est gratifiant.

Le plus vexant c’est quand le vent cesse, parce que du coup, on ne peut plus rien faire !
Après une bonne douche avec un demi-seau d’eau par personne, nous soupons en compagnie du président de l’association Jéthro du village (il y a un président par village pour faire le lien). Nous parlons longuement de l’avancement de l’agriculture, de l’état des connaissances dans ce domaine, des besoins de formation, des techniques et outils qui leur manquent, ... L’échange est important dans les deux sens. L’agriculteur nous demande si d’autres membres de Jéthro peuvent venir nous rendre visite pour discuter. C’est que les gens se gênent de venir parler à ces deux blancs, et ne savent pas si nous les recevrons !!! Nous acceptons avec joie et le rendez-vous est pris pour le lendemain soir. Après son départ, nous échangeons encore longtemps avec Alidou. Celui-ci finit par nous remercier d’être venu dans sa maison, de vivre avec et comme sa famille durant ces quelques jours. Nous lui signifions la réciprocité et le remercions de nous permettre de vivre cette expérience très riche.

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