Antoine Ducommun

Petit voyage à Dori

mardi 23 novembre 2010, par Aduco

Mercredi matin, nous nous levons à 4h30, déjeunons puis partons à la recherche d’un hypothétique taxi afin de nous rendre à la gare des bus. Une « casserole verte » passera 30 minutes plus tard, avec déjà 3 personnes à son bord. Mais comme le chauffeur est d’accord pour nous amener à bon port directement et pour 400fCFA (1frs), Lilou grimpe sur les genoux d’Antoine, après avoir vite déposé nos sacs dans le coffre. Le trajet n’est pas des plus confortable : nous sommes 4 adultes sur le siège de derrière, dont une dame bien en chaire, Antoine est écrasé de toute part et Lilou s’écrase la tête au plafond à chaque bosse. Mais bon, mieux vaut jouer aux sardines 15 minutes plutôt que de louper le bus !
Arrivés à la gare routière, nous achetons nos billets et attendons le chargement de notre petit bus. Vélos, canapés, fauteuils, multiples sacs de graines, sacs de 110litres rempli de chaussures, tongs, etc. sont chargés sur le toit du véhicule. La hauteur sur le toit double la hauteur du bus ! Nous partons presque à l’heure, étonnant !


Le trajet qui devait durer 4h durera en définitive plutôt 6h, le bus roulant en moyenne à 60km/h pendant tout le trajet !


Nous descendons à Bani pour visiter 7 mosquées magnifiques, telles qu’elles sont décrites dans notre guide. Nous sommes étonnés de croire trouver si rapidement le guide conseillé dans notre livre routard. Mais étant parti à Dori pour assisté à la visite du président Compaoré, c’est son pseudo frère qui se charge de la visite. Nous comprenons vite que notre guide est incompétent et en plus il nous abandonne 15 minutes après la première visite, pour soi-disant amener un ami à l’hôpital.

Les seules informations qu’il nous donnera seront le nombre de piliers de la grande Mosquée : 100 piliers en banco, et l’explication des dessins qui recouvrent la façade.

Comme la tour de ce bâtiment s’est effondrée l’année passée, ils essayent de la reconstruire, mais les travaux restent en plan en raison de manque d’eau pour faire les briques ! Nous continuons donc seuls la visite des mosquées qui se trouvent sur la colline surplombant la ville. Nous ne trouvons, à notre grande déception, que des ruines.


Les toitures sont effondrées, les murs, s’ils sont encore debout, sont branlants et à demi écroulés. La seule richesse du village est en train de repartir à la poussière. Nous apprendrons par la suite, en discutant avec un homme de passage à Bani, que l’architecte qui savait construire des briques suffisamment résistantes pour supporter plusieurs étages, et qui avait fait tous les plans des 7 mosquées est décédé sans avoir transmis ses connaissances, donc personne ne sait comment faire à présent. C’est là le plus gros problème des Africains : ils pensent que s’ils transmettent tout leur savoir, il perde du pouvoir et du prestige, alors autant ne rien dire. Mais du coup, quand ils meurent, c’est tout une partie du patrimoine, des traditions et de la culture qui est perdue à jamais, d’autant plus que quasi rien n’est écrit dans des livres.
En regagnant la route principale, nous sommes assaillis par les gamins qui nous crient : « Des bidons ? Des bidons ? ». D’autres nous demandent de façon insistante et impolie des bonbons ou des bics (stylos à bille). Nous décidons de ne rien leur donner, pas par égoïsme, mais pour éviter les jaloux, et aussi, car nous n’avons réellement pas grand-chose avec nous. Nous n’avons pas non plus envie d’encourager et d’entretenir cette mendicité enfantine. Nous nous achetons une bouteille d’eau avant de repartir visiter la grande mosquée pour refaire quelques photos d’art !


Des enfants continuent de nous assaillir et nous sommes obligés de leur répondre plusieurs fois très sèchement pour leur faire faire demi-tour, et avoir un minimum de tranquillité.



Après les photos nous remontons discrètement et rapidement la colline histoire de boire notre eau et de manger un bon paquet de Tucs au paprika ! Trop bon !

À 17h, nous reprenons le bus pour rejoindre Dori, étant donné qu’il n’y a rien à voir, ni à visiter dans cette ville.

Un marché au bord de la route vers lequel le bus fait une pause pour charger quelques moutons, une moto et des sacs de graines !

Après 30 minutes de route dans des paysages toujours plus secs, nous arrivons à destination. À la descente du bus, un guide nous assaille en disant que tous les hôtels sont pleins en raison de la présence du meeting présidentiel. Nous refusons son offre par raz le bol d’être assailli, et partons tenter notre chance seuls. Comble de (mal)chance, quand nous arrivons à l’hébergement choisi, nous tombons sur notre fameux guide ! Mais au moins, nous avons trouvé une chambre, et oh grand luxe, avec climatisation ! Le guide s’appelle Ali, et avec un collègue, nous présente son association de guide qui promeut l’Écotourisme. Avant de partir souper, il nous propose un tour en dromadaire sur quelques jours afin de découvrir quelques villages et peuples de la région ! Ces quelques jours vont éclater notre budget, mais c’est soit ça, soit on n’aura rien vu, comme on est pas là longtemps. Alors on se lance, pas très rassurer de la véracité de ses dires (est-il vraiment guide, et est-ce qu’avec l’avance qu’on doit lui verser ce soir, il viendra vraiment au rendez-vous demain matin ?), mais bon, on tente ! Au programme : Visite du marché et de la vieille ville de Dori (qui signifie ville entourée d’un lac), départ à 16h à dos de dromadaire jusqu’à un petit village Peul sédentarisé avec nuit à la belle étoile sur une dune de sable, visite le lendemain et samedi d’autres villages appartenant à différents peuple, et retour à Dori samedi en fin de journée, afin de pouvoir reprendre le bus via Ouaga dimanche matin tôt !
Jeudi matin, après une omelette aux légumes et un morceau de pain, nous retrouvons notre guide. Nous rejoignons le centre-ville d’où nous partons visiter la vieille ville, des artisans et le marché. Ali semble compétent, il répond volontiers à nos questions. C’est que nous avons soif de connaissance dans ce pays où trop de choses se font sans réfléchir !


Nous nous rendons au bord du lac qui entoure la ville de Dori. Cette étendue d’eau relativement marécageuse est recouverte en grande partie par une végétation riche en nénuphars.

Après nous avoir conté l’histoire de la ville, et présenté quelques maisons traditionnelles, nous visitons des artisans. Ce doit être des amis du guide. Nous admirons le travail du cuir, hésitons à acheter des sandales-tongs qui paraissent assez solides. Antoine se commande un petit porte-monnaie pour mettre de la petite monnaie.

Chez le bijoutier, nous assistons à la confection de bijoux en argent et à la fonte du métal dans un creuset posé au milieu de braises. Lilou décide de passer commande pour un ensemble de bijoux. Nous repasserons chercher nos commandes samedi à notre retour de périple à dos de dromadaire !


Voici les moutons de toute la ville qui attendent le berger qui les conduira paître toute la journée, et ensuite ils rentreront chacun seul chez leur différent maître ! Bien éduqué !



Nous nous rendons au marché, chez un autre ami d’Ali, Antoine achète un turban.

Il m’a fallu marchander le prix, ici au nord du pays, tout se discute et aucun prix n’est affiché !
Après un repas, dans un maquis, nous décidons de retirer de l’argent pour couvrir nos dépenses de ces quelques jours… Dans la première banque, le distributeur nous sort un éternel billet « Le montant disponible est insuffisant ». Après avoir changé de banque, la réponse varie un peu « Fonds insuffisants ». Nous téléphonons donc en Suisse. Après quelques minutes d’attentes, nous apprenons qu’il faudra retéléphoner à 16h pour obtenir un nouveau code PIN, l’actuel s’étant bloqué pour je ne sais quelle raison. Comme notre prochain rendez-vous avec notre guide est à 15h30, nous devrons nous en occuper à notre retour. À moins que le décalage horaire ne fasse notre affaire…

En attendant de pouvoir retirer des sous, nous revisitons la ville. Nous nous arrêtons à l’ombre d’un arbre et admirons l’étendue d’eau. Que ça fait du bien de voir un lac, ça ajoute de la vie au paysage !
Après avoir enfin obtenu la possibilité de retirer de l’argent, nous rejoignons Ali et sortons de la ville en empruntant un pont au dessus du Lac.

Cet arbre gênait pour la ligne électrique, mais pas besoin de le couper en entier pour utiliser le bois !!!



De l’autre côté, trois dromadaires nous attendent sagement en train de ruminer. Nous montons sur ces animaux fait pour marcher dans le sable, ça tangue, ça balance, ça rumine, ça avance nonchalamment !


Nous voyons enfin le pays depuis en haut ! C’est assez agréable de voyager de la sorte.


Après une heure de balade, le paysage change, le sable prend de plus en plus de place. Au loin se dessine le contour de dunes.


Nous arrivons en vue du village de Djomga, non loin duquel nous dormirons à la belle étoile sur la dune. Après avoir été chercher de quoi cuisiner et de quoi pouvoir dormir dans les habitations les plus proches, Ali revient nous préparer le souper.


Des enfants du village jouent autour de nous, nous construisons un château de sable, ils nous regardent, mais n’essayent pas de nous imiter… Ils doivent trouver bizarres ces blancs qui creusent le sable !

Le chamelier et Ali tuent une poule, elle ira enrichir notre couscous. Le couteau est essuyé dans le sable, la poule est déplumée, le chamelier ronge les pattes de la poule ! Miam ! Nous assistons à un beau coucher de soleil. Après avoir soupé, nous discutons autour du feu avec notre guide de sa religion. Il nous apprend les principales différences et les croyances des musulmans, le fait que les Chrétien ne reconnaissent pas Mahomet comme prophète, alors qu’eux sont beaucoup plus ouverts (!).
La nuit sera étoilée, le vent se lève et la fraîcheur se fait ressentir. Nous nous enroulons dans notre couverture. Au beau milieu de la nuit, nous sommes pris d’un fou rire en écoutant nos dromadaires ruminer et « reuper » tout ce qu’ils peuvent ! C’est fou ce que ces bestioles sont bruyantes et attachantes !



Au réveil, nous nous rendons dans le village voisin pour déjeuner et faire un brin de visite. Les maisons sont rondes avec un toit de paille. Il s’agit d’un village de Peuls, le peuple des éleveurs.


Les poussins ont été "peints" pour être beaux !!!

Nous assistons à la traite et buvons à même la calebasse le lait fraîchement tiré.



Pendant qu’Antoine trait, Lilou profite de faire connaissance avec les petits zébus qui aiment bien se faire gratter entre les cornes !

En contre-bas, du village, dans une oasis avec un petit lac, les gens cultivent des légumes dans des parcelles entourées de haies d’épines.

Ce village semble être bien organisé, ça fait plaisir à voir !

Nous repartons pour une heure à se faire bercer à dos de dromadaire. Nous arrivons dans un autre village, celui de Hoggo Samboel, cette fois-ci ce sont des Bella, ancien peuple esclave des Touaregs.

Ce sont aussi des éleveurs, les troupeaux passent en soulevant des nuages de poussière. Avant le repas, nous accompagnons l’enseignant de l’école voisine qui est en encore en construction.

Les cours auraient dû commencer début octobre, mais l’école ne sera terminée si tout va bien qu’à fin décembre…

Les cours sont donc donnés à l’intérieur d’un abri recouvert de secco, ouvert aux quatre vents. Nous sommes en plein soleil, au milieu d’une grande place sans arbres, des nuages de poussière traversent la classe. Les élèves répètent inlassablement la phrase écrite au tableau noir, celui-ci est posé à même le sol. « Ali est vêtu », « vêtu », « tu », « u ».
L’enseignant ne perd pas espoir d’avoir de meilleures conditions pour les apprentissages de ses élèves. Il me montre les manuels « clé en main » fournis par l’Institut Pédagogique de Burkina. C’est qu’ici le métier d’enseignant s’apprend sur le tas, pas de réelle formation, pas d’initiatives possibles, l’inspectorat veille et fait peur.

Après le repas, pause à l’ombre jusqu’à 15h. Les rares arbres épineux poussant dans la région procurent faiblement un peu d’ombre. Il fait chaud, même sans bouger. Nous amusons les enfants en faisant quelques pitreries et en leur apprenant quelques jeux à faire avec les mains.





Nous repartons enfin, l’immobilité et l’inaction de l’éternelle « pause » de 12h à 15h nous pèse ! Nous parcourons plusieurs kilomètres, traversons les villages. Ils se suivent et se ressemblent, loin de tout, sous le soleil !


Après avoir suivi un plateau, nous descendons vers un bas-fond. Des dromadaires en liberté broutent les branches des arbres. Nous avançons… Nous arrivons dans le village de Yagmta sur nos montures. Ici les enfant ont l’habitude des touristes qui viennent dormir au campement. Les « Le Blanc, un cadeau » nous tombent dessus.


Comme l’école vient de se terminer, ils sont une centaine à nous courir autour. Je manoeuvre mon dromadaire pour leur faire face. Ils ne doivent pas avoir l’habitude de ces animaux, car ils sont nombreux à reculer. Nous continuons suivi de loin par ces enfants, mendiant un cadeau. Nous arrivons en vue de notre campement, au dessus d’un lac de barrage.


Le soleil se couche, nous soupons à la lumière d’une torche électrique d’une ration de pois-chiches. Nous passons la nuit dans des maisons igloo en béton, il fait chaud, trop chaud, je n’arrive pas à m’endormir.

Samedi, dernière journée à dos de dromadaire, nous avons mal aux fesses et notre guide est de mauvaise humeur… il parle peu. Drôle de journée qui commence ! Nous parcourons une vingtaine de km sur nos montures, nous retraversons des villages, des enfants nous suivent à nouveau… bref ce troisième jour est la continuation des précédents.


Juste avant d’arriver chez notre dernier hébergeur pour le repas de midi, nous entrons dans un parc délimité par des haies mortes, peine d’épines. Ce parc renferme un troupeau de dromadaire qui attend la fin de la saison des récoltes pour retourner au village. Le dromadaire sur lequel je suis est un mâle non castré qui a vite fait de sentir des femelles en chaleur. Voici sa technique de drague : sortir une sorte de poche de peau de sa bouche, ce qui produit un glougloutement assez original !


A 11h déjà, nous nous arrêtons pour la pause de midi. Nous nous mettons à l’ombre d’un arbre, non-loin d’une maison traditionnelle Peul.


C’est également la pause pour les dromadaires, mais pour éviter qu’ils partent trop loin, ils ont trois pattes attachées ensembles, et ne peuvent se déplacer qu’en faisant des pas de souris ! C’est assez rigolo de voir ces grand animaux se déplacer à tout petit pas !

Il fait chaud… très chaud… il n’y a rien à faire, que attendre ! Lilou voyant que notre guide essaye de capturer une poule lui dit que nous ne souhaitons pas manger de viande aujourd’hui ! Au contraire du poulet, Ali doit être un peu déçu ! Après un repas fait de nouilles à l’huile, nous attendons dans cette fournaise que se termine la pause. En effet il n’y a gère d’ombre et l’arbre sous lequel nous nous tenons n’as pas assez de feuilles pour nous offrir un tantinet de fraicheur ! Enfin nous repartons. Après 2h de dromadaire, nous arrivons à Dori.
Nous remercions les chameliers et après leur avoir offert des pâtisseries, nous leur souhaitons un bon retour. Nous avons eu du plaisir à apprendre à connaître ces animaux apprivoisé que l’on a pas chez nous. En deux jours, nous aurons appris à les guider, à mettre la selle, et à grimper dessus ! Le seul bémol c’est que nous avons les fesses en compote ! Il faudra nous plus d’une semaine pour pouvoir s’asseoir sur une chaise sans avoir mal !

Arrivé en ville, nous sommes surpris par l’agitation et la pollution qui y règne. Dès qu’on s’éloigne des villes il y a tout de suite une atmosphère plus agréable !
Nous dépêchons de retrouver le bijoutier qui a fabriqué les bijoux qu’Eléonore lui a commandé, nous avons du retard. Mais heureusement qu’on est en Afrique et que les horaires n’existent pas ! Tout le monde est là, ainsi que les bijoux qui sont beaux ! Nous passons aussi chercher le petit porte-monnaie d’Antoine. Il est juste de la bonne taille, et nous sera très utile pour avoir juste de la monnaie pour les petites commissions.
Ali nous laisse retourner à l’hôtel où nous passerons une dernière nuit, après avoir fait le plein de fruits et légumes ! Il se joint à nous pour notre dernier repas à Dori, et nous pensions lui faire plaisir en lui offrant de la pastèque... Mais pas de bol pour nous, il n’aime pas ! Du coup la grosse pastèque va être vraiment grosse pour nous deux !
Le lendemain, nous prenons le bus à 7h pour rentrer à Ouagadougou… Cette fois le trajet se passera rapidement et comme le bus est plus grand, nous avons un peu plus de place pour bouger nos jambes. A midi nous sommes chez nous.

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