Antoine Ducommun

Semaine à Shifra (Lilou)

mercredi 1er décembre 2010, par Aduco

Ma semaine à Shiphra, centre de santé protestant

La maternité

Lundi, je commence par la maternité. L’horaire est organisé de la manière suivante dans tout le centre : la journée est répartie en 3 équipes, la première fait 7h-12h, la deuxième 12h-17h et la veille de 17h à 7h. Les soignants font une veille tous les huit jours, et entre, ils font soit que l’horaire du matin, soit que celui de l’après-midi, et après leur veille ils ont un jour de repos.

Je commence donc à 7h, par le « colloque ». Celui-ci comprend la sage-femme et l’accoucheuse (équivalent de l’aide-soignante) qui ont veillé, l’équipe de jour qui commence le travail, la responsable du service et la gynécologue. Le but du colloque est un débriefing pour les veilleuses qui posent des questions à la gynécologue ou au reste de l’équipe sur un problème ou dilemme survenu dans la nuit. Elles transmettent également le nombre d’accouchements qui ont eu lieu, et le nombre de femmes qui sont en travail. Ce qui m’étonne c’est qu’il n’y a pas de transmission plus détaillée concernant les nouvelles mamans, sur leur état de santé, sur les surveillances spécifiques, sur l’état des nouveaux-nés, ... La salle dans laquelle nous nous trouvons est un petit bureau comprenant 2 chaises, donc seules la responsable et la gynéco sont assises, les 6 autres sont debout !
Ensuite, chaque sage-femme part dans son « secteur » :

- Suite de couches : chambre de 8 lits dans laquelle se trouve les femmes qui ont accouché quelques heures auparavant, et qui reste en observation pendant 24h, et des femmes enceintes qui font une crise de paludisme suffisamment importante pour être hospitalisée 12h et mise sous perfusion. Ce qui est surprenant c’est l’agencement de la salle, et tout ce qui s’y trouve par rapport à sa grandeur ! Les lits sont espacés de 60cm et comprennent une armature métallique et un matelas. Il n’y a ni oreiller, ni drap. Les femmes mettent un pagne comme drap, et sur le lit se trouvent la femme, le bébé, des sacs d’habits, ... Il n’y a pas d’armoire dans la pièce, donc tout se trouve dessous, dessus ou à côté du lit. Celles qui ont de la chance ont une table de nuit qu’elles se partagent à deux. Chaque nouvelle accouchée doit avoir une accompagnante (mère, belle-mère, soeur, cousine ou autre) qui s’occupe d’elle ou du bébé si nécessaire. C’est l’accompagnante qui doit faire à manger pour la mère, aller à la pharmacie lui chercher du matériel de soin ou des médicaments, lui apporter du linge propre, laver le bébé après l’accouchement, etc. L’accompagnante fait un peu le travail d’une aide-soigntante en Suisse. Lors de ma précédente veille, j’avais été surprise car comme les accompagnantes doivent être présentes non-stop, elles dorment sur place. Mais comme il n’y a ni fauteuil, ni lit, elles dorment à même le sol, soit entre deux lits, soit dans le couloir central. Elles ont parfois une natte en plastique, ou parfois juste un pagne de tissu comme matelas. Ça fait bizarre de voir toutes ces femmes, jeunes ou vieilles qui dorment sans aucun confort, dans une pièce surchauffée qui doit atteindre facilement les 40 degrés ! À côté des femmes étendues, il y a le reste du repas dans un plat en plastique ou dans une assiette, le pot de chambre en plastique aussi, une bouteille d’eau et un seau avec le linge sale. Tout se côtoie sans soucis d’hygiène et de conservation. Le matin, il y a soit une infirmière, soit une sage-femme qui vient faire quelques soins aux femmes. La tension artérielle et la température sont contrôlées chez chacune, ainsi qu’aux bébés. Ensuite, l’infirmière, suivant je ne sais quels paramètres, vérifie la présence, l’abondance et l’aspect de pertes sanguines, mais je n’ai pas réussi à comprendre pourquoi ce n’était pas vérifié chez toutes ?!?! Ensuite, il y a une explication commune sur comment allaiter, les bienfaits de l’allaitement, comment faire une toilette intime bénéfique et surtout, ne pas écouter les vieilles qui ont des techniques et des croyances inadaptées qui font des dégâts (petite toilette à l’eau bouillante, ...) ! Ce qui m’a beaucoup surpris et choqué, c’est que les explications données sont très théoriques, par exemple sur l’allaitement, mais il n’y a pas une réelle démonstration aux mères sur comment placer le bébé pour qu’il puisse bien téter, autant dans le but de ne pas faire mal à la mère, mais également pour qu’il puisse prendre des quantités suffisantes à chaque tétée. L’infirmière montre plus ou moins à une des mères dont l’enfant n’a pas encore réussi à téter, mais je trouve que la position du bébé n’est vraiment pas idéale : le bébé n’a pas la tête bien en face du mamelon, et la mère n’a aucun appui et est donc dans une position vicieuse pour son dos. J’essaie de manière délicate de suggérer une meilleure installation, mais je vois vite que je n’ai pas mon mot à dire. L’infirmière est un vrai cheval, n’a aucune pédagogie, et à voir, aucune notion d’une bonne position pour l’allaitement. Elle ignore ce que j’essaie de lui dire et lorsque je m’approche d’une autre mère pour l’aider à mettre son bébé au sein, elle vient par-derrière et me contredit. J’abandonne donc, déçue de laisser ces mères dans l’ignorance, et fâchée du peu de curiosité et d’ouverture de cette soignante. Je ne dis pas que j’ai raison, et je suis consciente qu’elle a plus d’expérience que moi, mais je pense quand même avoir des notions différentes, qui peuvent être utiles, mais bon. Je tâcherai de trouver quelqu’un d’autre qui ait envie d’échanger ! Ce qui me surprend aussi, c’est de voir des bébés qui sont nés il y a 48h et qui n’ont toujours pas réussi à téter, et que ça n’a pas l’air d’inquiéter les soignants. En Suisse on met le nouveau-né au sein directement après sa naissance, alors qu’ici, ça peut attendre plusieurs heures sans raison.

Consultation prénatale : des femmes viennent consulter soit car elles sont malades, soit pour faire état de l’avancement de leur grossesse. Les maladies sont principalement des crises de paludisme, ce qui est très néfaste pour le foetus, raison pour laquelle un traitement est toujours prescrit. Ce qui est surprenant, c’est que ce n’est pas toujours une sage-femme qui fait la consultation, mais c’est bien souvent une accoucheuse. Sans forcément douter de leur expérience, je trouve que la formation n’est pas suffisante pour poser des diagnostics et prescrire un traitement.

- Consultation des bébés : les mères viennent faire consulter leur bébé, contrôle habituel après la naissance : pesée, vaccination, mesure de la taille, bilan de l’état de santé général, etc.

- Salle d’accouchement : Une sage-femme fait également des consultations prénatales, et s’occupe en même temps des femmes qui accouchent. La salle comprend deux tables de consultation/accouchement, un évier, des toilettes, un bureau et une table pour divers matériels. La sage-femme prescrit les médicaments et note chaque consultation dans un grand cahier, histoire de garder une trace. Ce qui est rigolo c’est de voir ce qui est écrit concernant l’identité de la personne. Le nom et le prénom ne posent jamais problème, et heureusement ! Par contre, la date de naissance est rarement écrite, car rarement connue ! Tout au mieux, la femme connaît l’année de sa naissance et retiendra son âge. Parfois la personne ne sait même pas son âge, surtout si elle n’est pas née dans un centre de santé, mais à domicile. Il y a également l’adresse entière qui n’est pas écrite, étant donné que les maisons ne sont de loin pas toutes numérotées ! C’est donc le secteur (la capitale est séparée en une trentaine de secteurs) qui sert d’adresse. L’ethnie est la dernière chose sur l’identité qui est demandée ! La majorité ici à Ouaga sont Mossi, mais il y a également quelques Bella, des Peuls et quelques autres, mais c’est plus rare.

- Le planning familial : il y a un planning familial, tenu par une sage-femme, qui reçoit les femmes qui ont accouché récemment et qui sont envoyées pour « planifier » leur prochaine grossesse. Par planification, cela signifie donner les moyens à la femme de ne pas retomber enceinte dans les mois qui suivent son accouchement, afin de lui permettre de bien allaiter son bébé, de s’en occuper, de se refaire une santé et d’éviter les familles avec trop d’enfants. Les moyens contraceptifs proposés sont presque les mêmes qu’en Suisse, mais c’est la pilule qui est la plus utilisée. Ensuite c’est les injections d’hormone une fois tous les 3 mois, et ensuite le préservatif, mais rarement utilisé comme moyen contraceptif sur le long terme. Il y a aussi des moyens naturels, mais je ne suis pas sûre qu’ils soient très efficaces ici ! Et un moyen qui me fait assez rire : l’abstinence ! Présenté tel quel ! La pilule coûte 25 centimes suisses par mois, donc ici c’est à la portée de la majorité (un repas acheté dans la rue coûte 25 centimes suisses). Ce qui est un peu étonnant, c’est que les femmes ne consultent qu’après leur premier accouchement. Donc il y a énormément de filles qui accouchent à 15-16 ans, et après, ça arrive qu’elles n’aient plus d’enfants pendant plusieurs années. Souvent c’est après 5-6 ans qu’elles retombent enceintes et ont ensuite 3-4 enfants qui se suivent d’assez prêt. Il y a aussi un problème, c’est les filles qui accouchent alors qu’elles sont encore élèves, parce que ça perturbe leurs études, déjà que ce n’est pas facile en temps normal (coût des études), la venue d’un bébé n’est pas idéal à ce moment-là. Ce qui m’étonne c’est que la sage-femme avec qui je parlais au planning familial me disait que les femmes ne consultent pas avant de tomber enceinte, mais ça n’avait pas l’air d’être un sérieux problème, car quand je lui ai dit que chez nous c’était différent, et que je lui ai expliqué, elle n’a rien dit. Je lui ai suggéré que de la pub pourrait être faite aux jeunes mères, pour qu’elles envoient leurs soeurs, amies, etc. qui n’ont pas encore d’enfants, afin qu’elles puissent prendre un contraceptif pour prévoir la venue de leur première enfant, mais elle n’avait pas l’air vraiment intéressée. C’est comme souvent : on a toujours fait comme ça, alors pourquoi changer ! Je suis aussi étonnée du coup que de la prévention contre les infections sexuellement transmissibles ne soit pas faite en même temps, avec la promotion du préservatif, surtout quand on connaît les taux de sida.


Salle d’accouchement

Lundi, quand j’arrive, je suis surprise de trouver 10 étudiants infirmiers dans la salle d’accouchement, comme si elle n’était pas déjà petite et exiguë comme ça ! Ils m’expliquent qu’ils sont en stage 3 semaines, uniquement le matin de 7h à 12h. L’après-midi ils sont en cours. Je suis étonnée d’en voir autant au même endroit. Ils m’expliquent qu’ils sont 400 dans leur volée/classe, et qu’ils partent tous en même temps en stage, ce qui fait qu’ils sont très nombreux partout. Super pratique pour faire des gestes techniques. Quand il y a enfin un accouchement, ils sont 10 à vouloir le faire ! Et évidemment que le stage n’est pas organisé comme en Suisse ! Pas d’encadrement, autant pour être entouré que pour être surveillé. Chacun va où il veut, dit ce qu’il pense être juste, ... La moitié de la matinée, ils sont dans la salle de suite de couches, où il y a déjà une vingtaine de personnes, et ils discutent, sans se soucier de peut-être laisser les nouvelles accouchées un minimum au calme ! Ils sont très fiers de pouvoir me dire qu’ici les infirmiers prescrivent et font des consultations comme les médecins. Un me demande même : Si je viens en Suisse, je pourrais faire le travail du médecin, hein ? Puisqu’ici on prescrit, en Suisse je serais comme un médecin ! Je n’ai pas osé lui dire ça aussi directement, mais j’ai quand même pu lui faire comprendre qu’il ne pourrait même pas être embauché comme infirmier, car son papier ne serait pas reconnu ! Ce n’est pas le fait de prescrire en soi qui me dérange, mais le fait qu’ils n’ont pas les connaissances suffisantes pour le faire, même moi je ne me verrais pas faire des consultations et prescrire tout et n’importe quoi !

Mardi j’ai fait le même horaire et les mêmes choses, à la différence que les étudiants n’étaient pas là, jour férié à cause de la Tabaski, et qu’il y avait pas les consultations habituelles. Je suis de nouveau avec la même infirmière qui profite de moi pour faire le sale boulot : prendre les tensions et températures, étant donné que les stagiaires ne sont pas là pour le faire. Sinon, j’assiste à deux accouchements qui se déroulent en même temps, les bébés naissent à 2 minutes d’intervalle ! La salle d’accouchement est bondée et tout le monde court dans tous les sens !

Le dispensaire et ses consultations

Mercredi, je découvre le dispensaire. En arrivant à 7h30, heure de début m’avait-on dit la veille, j’ai le plaisir de devoir participer à la prière du matin. Cest en fait une sorte de discours crié, sensé motiver les personnes présentes à se convertir, une séance d’évangélisation en fait. À 8h, les infirmières entrent dans le bureau pour se mettre en tenue de travail : blouse blanche par dessus les habits de tous les jours. Ensuite, je pars avec une infirmière 3 salles à côté, aux boxes des consultations.


La salle d’attente extérieure, hors des jours fériés, tous les bancs sont occupés !
Il y a déjà une foule d’une trentaine de personnes, composée d’enfants, d’adultes, homme et femme, de vieux, de personnes handicapées, qui attendent patiemment leur tour. Une consultation par une infirmière au dispensaire coûte 25 centimes suisses, alors qu’une consultation chez un médecin coûte 10 fois plus cher. Les gens doivent payer leur consultation auprès d’une « fille de salle » (métier équivalent à femme de ménage) assise devant le bâtiment et reçoivent un ticket avec un numéro, comme à la poste ;-) !!! Nous commençons par prendre la température à tous les malades présents, et puis ils sont pesés. Leur poids est nécessaire suivant les médicaments à prescrire, pour définir le dosage. La température est prise sous l’aisselle avec des thermomètres à mercure, donc ça prend passablement de temps...


Ensuite, les gens entrent à tour de rôle dans un boxe dans lesquels se trouve une infirmière expérimentée et une infirmière nouvellement diplômée. La première écrit dans le registre la raison de la consultation et rédige l’ordonnance, et la seconde écrit dans le carnet de santé du malade la raison de sa venue. Je suis contente de voir que les nouvelles infirmières sont suivies quelque temps, afin qu’elles comprennent le système et qu’elles acquièrent un minimum d’expérience avant d’être seules pour faire des diagnostics et prescrire les traitements. Par contre, je suis assez choquée de la manière dont se déroulent les consultations. Tout d’abord il n’y a aucune intimité et aucune discrétion. N’importe qui (soignants ou malades) entre et sort à sa guise en pleine consultation, comme dans un moulin, interrompt l’interrogatoire pour des pacotilles (une infirmière vient même discuter de sa soirée de la veille alors que la patiente est là !) ! Ensuite, la consultation ne comporte pas de réel examen corporel. Par cela, j’entends le fait que si la personne se plaint de maux de ventre, de gorge et de diarrhées, l’infirmière ne palpe pas son ventre, ne regarde pas sa gorge, ne lui pose presque aucune question quant à la manière dont s’exprime la douleur, et ne s’intéresse pas aux diarrhées. Rapidement le diagnostic est fait, bien souvent c’est le palu qui est la cause de tous ces maux. Le traitement est prescrit et le malade part avec son ordonnance à la pharmacie du centre. Il reviendra ensuite pour que l’infirmière lui explique quand, combien et quoi prendre comme pilules. J’imagine et espère qu’ils ont une bonne mémoire, car rien n’est écrit, et qu’une bonne partie ne savent pas lire, sinon cela signifie qu’en plus de médicaments peut-être pas adaptés, les cachets sont pris n’importe comment ! Je suis également surprise de voir le nombre d’antibiotique prescrit. Je pense qu’environ deux tiers des patients de voient prescrire un antibiotique, alors que je n’en ai pas compris l’utilité. Mais, m’a-t-on expliqué, dès que la personne se plaint de plus de 3 maux, on prescrit des antibiotiques par précaution !!!

Pendant la matinée, il y aura, je pense, environ 30 consultations dans le boxe où je me trouve, avec les cas rencontrés suivants :

- Déshydratation grave et diarrhée chez un bébé de 2 mois, les parents avaient consulté dans un autre centre, mais le traitement prescrit n’était pas adapté, et l’état s’est péjoré. Ils ont été envoyés d’urgence en pédiatrie à l’hôpital.

- Crise d’asthme chez un enfant de 10 ans

- Grave dysfonctionnement rénal et hépatique chez un enfant de 5 ans (oedèmes aux jambes, ascite, dénutrition, état général très diminué, malnutrition, retard de croissance). Cet enfant avait consulté déjà il y a une année pour des problèmes similaires et avait fait plusieurs examens, mais les parents, pour je ne sais quelles raisons (incompréhension, manque d’argent, mauvaises croyances ou etc.) n’ont pas continué d’investiguer et l’état de l’enfant s’est péjoré au point que lui-même ne puisse plus dire qu’il n’est pas bien, tellement il s’est habitué à cet état de léthargie... Il a été envoyé d’urgence en pédiatrie.

- 15 cas de : diarrhées, maux de ventre, fièvre, maux de tête, douleurs dorsales, faiblesse, ce qui a été diagnostiqué comme paludisme.

- Environ 3-4 femmes qui sont venues consulter au mauvais endroit : difficultés pour tomber enceinte, retard de règles, test de grossesse, problèmes gynécologiques, et ont été redirigée chez le gynécologue.

- Un bébé de 5 mois avait des petits boutons genre eczéma sur la nuque et les jambes.

- 2 ou 3 enfants en bas âge sont venus pour refaire des pansements suite à des brûlures des bras ou des jambes.

Je rentrerai assez fatiguée de cette matinée intensive, et assez dépitée de voir tous ces médicaments prescrits de manière inadéquate. Je ne sais pas ce qu’il faudrait faire pour améliorer le système, et surtout, je me rends bien compte que je suis impuissante.

Pansements au dispensaire


Jeudi matin je vais aux pansements, une autre partie du dispensaire. Toute la matinée, je verrais différentes plaies, souvent causées par des brûlures, ou par des plaies infectées, surtout aux jambes ou aux pieds. Je suis surprise par les méthodes de désinfection des plaies, par l’utilisation du matériel et par les méthodes brutales utilisées avec les enfants. Il n’y a bien sûr aucun analgésique, pas de gaz hilarant pour éviter au moins que l’enfant ne garde un souvenir trop douloureux du nettoyage de sa plaie. C’est les baffes, les fessées et les engueulades qui sont utilisées pour tenter de faire tenir tranquille ces petits qui ne comprennent rien et qui hurlent de douleur lorsque l’infirmière tentent de décoller le pansement qui s’est incrusté dans la plaie.

Je suis surprise aussi, car un jeune vient et attend, assis près de nous sans que quelqu’un s’en occupe. Les infirmières m’expliquent qu’il n’a pas les moyens de payer des compresses pour désinfecter sa plaie. Une infirmière se met alors à la recherche de quelque chose qui pourrait faire office de compresses. Elle finira par trouver un reste de bande de gaz qu’elle coupera en petit bout. Ce qui est surprenant, c’est que par exemple, elle va faire tout son possible pour couper la bande en ne la touchant pas avec ses doigts gantés, dans le but de laisser la bande propre, mais après, elle prend les bouts de bande avec ses doigts pour les mettre au bout de sa pince... J’ai vu des incohérences du style toute la matinée, ne sachant pas comment réagir.

Quelques réflexions...

Pendant cette semaine au centre de santé, j’ai eu un regard assez négatif sur leurs manières de faire, que j’incombais à de la méconnaissance, ou à un manque d’intérêt. J’étais assez démoralisée, et me suis sentie impuissante car ne travaillant pas là pendant un temps suffisant, je me rendais bien compte que je ne pourrais pas leur transmettre grand-chose. Il faut aussi savoir qu’avant de vouloir m’écouter, il aurait déjà fallu que je fasse mes preuves, et que j’obtienne leur confiance, ce qui ne s’acquière pas en deux jours ! J’ai beaucoup réfléchi à tout cela, même la nuit, et j’en suis arrivée aux conclusions suivantes :
- Les infirmières ont eu une formation différente de la mienne, ce qui peut expliquer les différences dans les protocoles et manières de faire.
- Elles ont tellement peu de matériel et d’infrastructure à disposition qu’elles sont obligées de faire avec les moyens du bord, surtout quand en plus les patients n’ont pas les moyens de payer, ne serait-ce que des compresses.
- Les étudiants avec qui j’ai discuté avaient une certaine fierté de pouvoir consulter et prescrire comme les médecins. Je pense que les infirmières diplômées se rendent bien compte que ce n’est pas idéal, qu’il leur manque des connaissances, mais le problème c’est qu’il n’y a pas assez de médecin, et aussi que les consultations chez eux sont hors de portée de la majorité de la population. - Donc mieux vaut avoir l’argent pour aller faire une consultation chez une infirmière et acheter des médicaments, même si ce n’est pas les bons, plutôt que de devoir mettre tout l’argent dans une consultation chez un médecin et ne plus avoir d’argent pour acheter les bons médicaments. De plus, un médecin ferait sûrement des examens en plus qui coûtent aussi. Donc du coup, les infirmières se voient dans l’obligation (par le système de santé) de prescrire.
- S’il n’y a pas assez de médecin, je suppose qu’il y a déjà peu de personne qui ont les moyens de se payer les études de médecine, que beaucoup ne peuvent pas acquérir les connaissances nécessaire pour être accepté à cause de la qualité de l’enseignement. Je pense également que le peu de personnes qui font la médecine profite ensuite de partir en Europe ou aux Etats-Unis pour avoir une vie plus luxueuse qu’ici. Donc les cerveaux et les médecins désertent.
- Et pour conclure, si je devais me mettre à la place des infirmières, je pense que je n’en mènerais pas large, et que j’aurais les mêmes difficultés qu’elles pour prescrire et procurer des soins avec si peu de moyens. Donc j’éprouve à présent du respect pour leur travail, même s’il ne reste pas idéal.

Fin de semaine...

Vendredi matin 19 novembre, je retourne aux pansements. Assez rapidement je ne me sens pas bien, je sens qu’il faut que je m’asseye. Je vais alors chercher un appareil à tension et demande à une infirmière de me la prendre. Résultat, j’ai la tension vraiment trop basse, ce qui pourrait expliquer mon état de malaise. Je me fais renvoyer illico presto à la maison pour me reposer, ce n’est pas de refus ! Je vais dormir presque tout le reste de la journée.

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