Antoine Ducommun

Délimitations des haies au CFA

mercredi 8 décembre 2010, par Aduco

Mercredi matin, nous sommes prêts de bonne heure. Hélas, il nous faudra attendre 10h pour que Mady revienne d’avoir amené sa maman à un rendez-vous. Finalement, c’est à 11h que nous arrivons enfin sur le terrain du CFA. Après quelques discussions, Mady repart à Ouaga et nous laisse seuls.

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Nous décidons, Lilou et moi, de bien nous concerter, afin de ne pas faire d’erreurs dans nos délimitations de surface, et également pour être sur la même longueur d’onde ! Ceci fait, nous sillonnons en tout sens le terrain et tirons derrière nous de la rubalise rouge et blanche afin de bien marquer les délimitations des futures parcelles de champs. Nous traversons tantôt des bosquets d’épineux (tellement agressifs que nous restons plusieurs fois coincés, leurs grosses épines plantées dans nos habits et quelques fois carrément dans les cuisses de Lilou, elle en gardera des bleus pendant une semaine !), tantôt des zones presque arides, et à d’autres moments, nous coupons au travers d’une forêt de buissons et petits arbres très denses. Ce terrain, qui nous semblait immense lors de notre première visite, commence à nous être familier.

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Vers 13h, nous nous accordons une petite pause afin de faire le plein de carburant ! Nous nous lançons à la recherche d’un endroit idéal pour planter notre tente. Nous trouvons un endroit plat, à l’ombre d’un petit arbre. Avec un balai improvisé (une poignée de longues herbes sèches), nous écartons les petits cailloux et graviers afin d’avoir un sol le plus régulier possible. Nous montons rapidement notre magnifique petite tente. Pendant que je cuisine, ma Lilou arrange nos affaires dans notre maisonnette portative ! Une vraie fée du logis ! Je nous fais une délicieuse soupe « Knorli » (prise depuis la Suisse !) à laquelle je prévois d’ajouter des cornettes. Comme le vent souffle, l’eau a de la peine à bouillir, mais bon, après presque une heure de cuisine, nous pouvons dévorer notre repas ! Afin de nous éviter trop de vaisselle, nous mangeons directement dans le plat. Les habitudes africaines déteignent sur nous !

Comme c’est maintenant le moment le plus chaud de la journée, nous nous étendons à l’ombre, dans notre tente. Un peu de repos bien mérité ! Vers 15h, nous repartons à l’assaut des fourrés. Nous délimitons les arbres à ne pas couper, afin de former les futures haies qui entoureront les parcelles de cultures. D’un bord à l’autre du terrain et du puits au portail d’entrée, nous déroulons des mètres de rubalise.

Le soleil déclinant à l’horizon, nous décidons de faire un brin de toilette au puits. L’eau est tempérée, c’est agréable, car nous sentons le froid qui arrive déjà ! Comme nous sommes actuellement en saison froide/sèche, les températures baissent rapidement lorsque le soleil se couche. Après avoir passé chemise à longue manche et petits pulls, nous sortons les vestes polaires ! Qui aurait cru nous voir emmitouflés à ce point en pleine Afrique ! Nous qui pensions il y a un mois que c’était des habits qui ne nous serviraient jamais, nous sommes heureux d’enfiler ces habits chauds. Tout en cuisinant, nous sentons le froid qui transperce nos vestes, nous avons maintenant réellement froid ! Nous dégustons rapidement notre riz-tomates aux 7 épices, accompagné d’un reste de saucisse sèche. Nous faisons bouillir de l’eau pour nous faire un petit thé noir. Il ne manque que la cannelle pour qu’on se croie en Suisse, en plein mois de décembre !!!

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Sans faire la vaisselle, nous nous réfugions vite dans notre tente, espérant ainsi trouver un peu de chaleur. Nous nous emballons les pieds dans nos polaires, utilisons un pagne de Lilou comme couverture, et mettons nos petits pulls Odlo en laine. Nous aurons froid toute la nuit. Vers 4h du matin, Lilou enfile sa jupe, elle a les jambes glacées. Finalement, nous déplions une couverture de survie, grâce à laquelle nous trouverons enfin un peu de chaleur, suffisamment pour réussir à nous endormir les quelques heures qui restent avant le lever du soleil.

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À 6h30, nous sommes réveillés par le soleil qui commence à changer notre frigo en sauna ! Nous nous levons et cuisinons une bonne semoule aux raisins secs. Rien de tel pour bien se caler l’estomac et tenir toute une matinée de travail ! Après la vaisselle, nous continuons d’arpenter le terrain. Nous redélimitons quelques haies, mais surtout, nous faisons le tour du terrain et mettons un bout de rubalise à chaque petit arbre planté exprès pour faire une haie, à 2m de la barrière. Comme ils sont perdus dans des hautes herbes, ils risqueraient d’être fauchés lors du débroussaillage. Les ouvriers du chantier de la future banque de céréale regardent un peu incrédules ces « blancs » qui décorent les arbres avec des bandes de plastique rouge et blanc.

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À midi, nous avons presque tout fini. Nous savourons un riz-lentille avec une salade de concombre. Après la sieste, nous démontons la tente et attendons le pasteur Alidou. Nous voulons avoir son avis sur les parcelles que nous avons fait, vu que c’est lui qui va travailler sur une bonne partie du terrain, et qu’il a les notions d’habitudes africaines. Vers 15h, le voilà sur sa moto. Nous faisons le tour des futures haies en lui expliquant bien le pourquoi et le comment, afin qu’il puisse gérer le débroussaillage puisque nous ne serons plus là. Il paraît satisfait de nos choix.

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Vers 16h, nous partons à pied rejoindre le centre du village de Benda Toega. Le chemin nous est familier. Les gens nous reconnaissent et nous saluent de loin. Parfois nous échangeons quelques mots.

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Arrivés sur la place du marché, plusieurs personnes se lèvent et viennent nous serrer la main. Nous avons un peu l’impression de rentrer à la maison ! Je demande à pouvoir parler au responsable du marché. On envoie un enfant le chercher. Quand je lui parle de mon exposition de photographies, il est content et nous laisse choisir l’emplacement qui nous conviendra. Nous continuons jusque chez le pasteur Alidou, afin de replanter notre tente. Cela nous a fait autant plaisir à nous, qu’à eux de se revoir. Les gens ici sont vraiment chaleureux.

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Nous choisissons un endroit plat au milieu d’une forêt d’eucalyptus pour monter le camp. Nous sommes entourés par une dizaine de personnes qui regardent attentivement le montage de notre « maison ». Nous nous installons en vitesse et retournons au marché afin de trouver un lieu idéal pour le lendemain matin.

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Les gens continuent de venir nous saluer, ils ont l’air heureux que nous soyons revenus chez eux. Un homme vient alors vers nous et engage la conversation. Il nous dit tous les mérites de Jéthro. Il s’appelle « Kaboré Pascal » et nous dit avoir suivi un des cours donnés par Jéthro. Il a même pu, grâce à l’aide de l’association, s’acheter un boeuf, et il tient à tout prix à nous le montrer. Il nous emmène alors chez lui. En passant, il nous montre fièrement ses champs. Les sillons sont réguliers, les parcelles bien délimitées. Il a même planté une haie de Jatrophas autour de son champ de maïs afin d’éviter que ses animaux aillent partout. Pascal nous montre aussi la fosse fumière qu’il a creusée. Arrivé chez lui, il nous présente à toute sa famille, sa femme et les nombreux enfants présents. Nous ne pourrons pas voir son boeuf aujourd’hui, car ce dernier est parti paître. Rendez-vous est pris pour le lendemain en fin de journée.

Nous rentrons, faisons un brin de toilette à l’aide de notre bidon de 20 litres, rempli précédemment au puits. Alidou étant parti à une séance d’évangélisation à Yagma, nous décidons de nous cuisiner nos restes : soupe d’asperge dans laquelle nous rajoutons le reste de semoule et une boîte de petit pois. Malgré ce qu’on pourrait croire, ce n’est pas trop mauvais, bien que ça ne mérite pas la première page du livre de recettes ! Nous nous endormons dans notre tente, emmaillotés dans nos habits. Ce n’est que vers 3h du matin que nous finirons par redéplier notre couverture de survie !

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